La rue

La rue

La rue, je l’ai quittée, son vacarme assommant
Envahissait ma tête jusqu’à la nausée
Je l’ai fuie, démolie, quand ma chair a brûlé
Dans un cérémonial cruel et dégoûtant.

Laissée sur le pavé, ravagée, disloquée
Je sens encore le goût de mon corps qui nécrose
Et le parfum caustique auquel se juxtapose
Le chant de la menace de heurts et de rossées

Mais j’y suis revenue, arme au point, apprêtée,
Aussitôt qu’elle appelle, je ne peux l’ignorer.
La rue, cet enfer de plaisir et de honte

De douleur et de vie, tel un feu éclatant
D’une force audacieuse, à nouveau je l’affronte,
Et cette fois je gagne en noble conquérant.

Stable

CW : médicaments psychotropes, santé mentale

stable

Altérée, altérable, je devrais il paraît
Etre ferme, immuable, d’aussi peu que je sais.
Résistante et solide, comme le roseau plie
Sans m’arracher du sol pour pourrir sous la pluie.

Forte, fixe, invariable, un soupçon monotone
Ordinaire mais stable, grise comme un automne.
Droguée jusqu’à la lie de substances légales
Je demeure déviante, et mourrais anormale.

Agitée, désœuvrée, fatiguée, courroucée
Assoupie, désolée, brutale, passionnée
Je ne serais jamais stable, sûre et statique

Hérétique, ratée, boiteuse et inconstante
A gérer le chaos, à demi fuyante
Et gober des pilules de bonheur synthétique

Abandon programmé

Volutes, doigts, rires,
Je plane, tu joues
D’abord je respire
Le creux de ton cou

Ô tu es si pâle
Je te vois à peine
Et ô j’ai si mal
Car je sais la scène

Qui m’attend bientôt.
Quand tu partiras
Il sera trop tôt
Bien trop tôt pour moi

Alors il arrive
Quand tu es en moi
Que déborde, vive
L’eau de mon émoi

Que j’avale, déçue
Avant que t’entende
Qu’une fois parti
Je serai perdue.

Fais pas ta pute

(c) Sister of Sin, tous droits réservés

Il faut souffrir pour être belle
Me disait ma pauvre grand-mère
Quand elle tirait sur ma crinière
Pour défaire mes boucles rebelles.

J’ai bien appris, car je chatoie
Quand un client tient ma tignasse
Me prend comme une autre chiennasse
Qui veut juste payer son toit

Mais le docteur des tourmentés
Insinuant « Fais pas ta pute »
Veut me sevrer de la culbute
Afin que je sois respectée

Et mes parents, grand bien leur fasse
M’ont répudiée avant mes crimes
Leur déception si légitime
M’ont envoyé droit dans la crasse.

« Fais pas ta pute, ou fais le fière »
Ce sont les mots du féminisme
La sodomie et l’ondinisme
Eux sont les mots de Lucifer

Sister of sin